Une enfant psychotique qui se tape la tête contre les murs…
Un matin, Luana arrive plutôt souriante à l’hôpital de jour. Elle fait quelques écholalies, chante des chansons de dessins animés, répète des phrases de pub… tout en gardant son sourire.
Nous allons tous ensemble au temps d’accueil, Luana est plutôt attentive, elle chante la comptine, nous dit son prénom, va coller sa photo. Après ce temps, les enfants partent dans la cour. Luana se met dans un coin de la cour seule, elle chantonne. J’attends un peu avant d’aller la voir pour lui dire de venir avec moi pour l’activité éducative. Un enfant s’approche d’elle et lui touche le bras, elle le repousse violemment et se met à crier un slogan de pub en boucle et pleure. Je m’approche d’elle, sans vraiment la regarder et sans la toucher et je lui dis « Luana, si tu veux, on peut aller jouer toutes les deux ». Sans me regarder, elle traverse la cour et se dirige vers la salle où se déroule l’activité. Je la retrouve devant la porte. Nous rentrons et nous installons autour de la table. Je pose mes mains sur la table, en face des siennes pour qu’on chante « l’araignée chipsy ». Elle fredonne l’air, je me mets à chanter avec elle. Je mets mes mains sur les siennes et les faits monter le long de ses bras ! Luana se lève d’un coup de sa chaise en criant et s’en va de la salle en courant.
Je la retrouve dans le couloir en train de donner des coups dans le mur ! Je m’assois à quelques mètres d’elle. Je lui dis que si elle le souhaite, elle peut revenir dans la salle, et qu’on n’est pas obligé de faire les gestes sur l’araignée chipsy ou qu’on peut ne pas faire du tout cette chanson et passer à autre chose. Rien à faire, elle continue à crier, elle se tire les cheveux, se tape, tape dans les murs….
Cela devient insupportable à voir pour moi. Je décide donc de l’arrêter « physiquement », je l’approche et je lui touche l’épaule ! Elle part en courant, en criant de plus belle.
Je la retrouve sur les escaliers, un peu plus loin dans le couloir. Je m’assois sur un banc assez éloigné des escaliers. Elle est assise sur les escaliers, pleure et se balance. A ce moment, je me souviens de la « technique » qu’une éducatrice avait utilisée pour qu’elle se calme.
Luana ne voulait pas nous suivre pour aller manger et devenait violente envers elle-même. A ce moment, je sortais de la salle d’eau où les enfants se lavent les mains avant le repas. A quelques mètres de Luana, je regarde l’éducatrice qui fait semblant de pleurer et dit à Luana : « Mais comment je vais faire pour manger sans toi ! Je veux manger avec toi, moi ! Ҫa me rend tellement triste que tu ne viennes pas avec nous ! » Elle exagérait le ton employé, faisait de grands gestes et utilisait beaucoup le mime, se frottant les yeux et faisant semblant de pleurer. Luana a ri de bon cœur et a suivi l’éducatrice en la prenant par la main et en répétant sur le même ton que celui employé par l’éducatrice « je suis triste ! je veux manger avec toi ! ».
Assise sur mon banc, je commence à faire semblant de pleurer. Elle arrête de crier et pointe son regard dans ma direction. Je lui dis : « Luana, ça me rend tellement triste que tu ne veuilles pas jouer avec moi ! J’aime beaucoup jouer avec toi ! ». A ce moment-là, elle ne pleure plus et ne se tape plus. Je continue de parler en lui disant « je n’aime pas te voir comme ça ! Une si petite fille qui se fait mal en se tapant et qui pleure ! J’ai peur quand tu te tapes ! aïe aïe tu dois avoir mal aux doigts quand même !».
Elle a attendu un moment, s’est levée et s’est approchée de moi. Elle est venue me faire un câlin comme pour me consoler. Puis m’a pris par la main pour retourner dans la salle où avait lieu la prise en charge.
Margaux, Educatrice spécialisée
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